CLAMOR – La lettre d’info n°40

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La lettre d’information n°40 – Mars 2021

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Nous avons le plaisir de consacrer l’essentiel de cette 40e lettre d’information à la publication des actes du colloque organisé en avril 2019 sur le thème «  Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu ».

Cette manifestation scientifique a marqué l’aboutissement d’un projet de recherche à la fois historique et musicologique ayant comme objectif d’étudier les conditions de la disparition d’un genre « les complaintes criminelles » et la mutation de ce media populaire vers ce que nous nommons aujourd’hui la chanson réaliste.

Ce projet a été initié par Jean-François « Maxou » Heintzen, membre correspondant du Clamor, qui a procédé à la récolte patiente et minutieuse de plus d’un millier de complaintes en les compilant au sein d’une base de données. Un bilan d’étape est disponible ici. C’est ce corpus rendu accessible au sein du musée Criminocorpus, qui a permis d’engager une réflexion pluridisciplinaire sur les complaintes criminelles. Statut de ce corpus inédit, exploration d’un domaine historiographique jusqu’ici délaissé, réflexions méthodologiques sur les apports de cette documentation rare et fragile à l’histoire de la justice sont quelques-unes des pistes explorées dans les actes de notre colloque.

Lire la lettre n°40 du mois de mars 2021

« Complaintes criminelles – 1870-1940 ».

Bilan d’étape réalisé et proposé
par Jean-François « Maxou » Heintzen
(4 mars 2021).

Au moment où les actes du colloque « Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu » des 2 et 3 avril 2019 aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de France sont mis en ligne[1], je vous propose un nouveau « rapport d’étape », concernant la base de données « Complaintes criminelles – 1870-1940 ». Comme il y a deux ans, je me réfère à des données non accessibles aux utilisateurs, hormis l’affichage du nombre total de complaintes et de faits divers chansonnés, via un compteur en temps réel inclus dans le texte de présentation.

Au fur et à mesure de l’extension de cette base, les modifications structurelles deviennent de plus en plus lourdes à mener, néanmoins un champ nouveau a été intégré, à savoir la langue – français, breton, occitan, basque, flamand –, nous y reviendrons. La nécessité de demeurer attentif aux éventuelles carences révélées par les utilisateurs est tempérée par la quasi-absence de retours de ceux-ci !

Données quantitatives

Coup d’œil rétrospectif
Rappelons l’évolution quantitative de cette base de données depuis sa mise en œuvre, en janvier 2015 :

 

Date Juin 2016 Avril 2017 Octobre 2017 Mars 2019 Mars 2021
Colloque d’Arras Mise au net de la communication d’Arras Mise en ligne de la base de données Colloque, AN & BNF Mise en ligne des actes du colloque
Complaintes 709 767 823 1005 1177
Faits divers 374 396 426 521 584
Ratio complaintes/crime 1,90 1,94 1,93 1,93 2,02

De 2017 à 2019, la base s’était accrue d’une dizaine de complaintes par mois, en moyenne. Ces deux dernières années, seulement 72 complaintes nouvelles, soit en moyenne 3 par mois. Ce ralentissement s’explique par un relâchement de la « quête des complaintes » de la part du concepteur de la base, accentué par les difficultés de déplacement depuis mars 2020. En effet, la découverte de nouveaux fonds est malaisée à distance : les démarches entreprises par courrier électronique restent souvent sans réponse, ou suscitent des méprises sur la nature des pièces recherchées.

La relative constance du ratio d’environ (c’est encore une moyenne) de deux complaintes par crime se maintient, mais c’est une conséquence du ralentissement de sa croissance. Nous disions, il y a deux ans, « s’il s’avère que les différents marqueurs n’évoluent plus guère, autant faire porter l’effort sur l’amélioration des informations recueillies que sur la quantité de complaintes saisies ». Néanmoins notre impression d’alors, à savoir de ne pas avoir encore épuisé les « fonds conséquents » de complaintes, conduit à continuer les investigations : des démarches ont été entreprises récemment en direction des sociétés savantes, et la quête des collections privées se poursuit. La marche vers les 1 200 complaintes se poursuit, lorsque vous lirez ces lignes de nouveaux textes seront intégrés au corpus.

Les statistiques tenues automatiquement quant à la fréquentation de la base de données se révèlent enthousiasmantes. Depuis le colloque de 2019, la fréquentation a notablement évolué, et continue de croître, parfois avec des afflux délicats à expliquer, comme l’indique le graphique suivant :

Alors que nous étions « autour de 600 visiteurs différents par mois » en 2019, désormais nous tutoyons occasionnellement le millier. La fréquentation « record » de l’hiver 2019-2020 peine à être clairement expliquée, et les récents confinements n’ont pas produit d’augmentation notable des visiteurs.

D’autre part, ces fluctuations ne reposent pas sur des effets médiatiques, car la base de données n’a fait l’objet d’aucune publication nationale depuis le printemps 2019. Seuls quelques articles dans des revues savantes du Centre de la France l’ont évoquée.

Gageons qu’à partir de l’automne 2021, avec la publication annoncée de Chanter le crime, Canards sanglants et complaintes tragiques (Éd. Bleu Autour) – de la plume du concepteur de cette base de données –, le millier de visiteurs mensuels sera régulièrement dépassé…

Où en sommes-nous ?

  • 1177 complaintes recueillies, relatives à 584 faits divers datés et localisés ;

1155 sont connues dans leur intégralité, 21 sont partielles, et une n’est qu’attestée[2]. Quelques faits divers « douteux » (possiblement inventés) au nombre de 6 ont été mis à part, et 6 complaintes sont relatives à plusieurs affaires.

  • 73 faits divers criminels (12,5 % du corpus) ont eu lieu à Paris ou en banlieue, le reste en province.

L’intérêt est majoritairement tourné vers des crimes crapuleux (un tiers du corpus), devant les crimes d’intérêt ou passionnels (21 %). Les crimes sexuels (9 %) ou les infanticides et maltraitances d’enfants (6,5 %) sont moins présents qu’on aurait pu croire. Ces données statistiques gagneraient à être étudiées sur des périodes distinctes, pour observer l’éventuelle mutation du « goût » du public en la matière, voire l’évolution de la criminalisation.

  • 397 faits divers (soit plus des deux tiers) n’ont suscité qu’une complainte ;

Dans une large majorité des cas, on peut donc parler de « la complainte du crime de X. », avec article défini de rigueur.

  • Pour les faits divers les plus chansonnés, le « palmarès » dresse un panorama sans surprise des grandes affaires criminelles de la période ;

On trouve, dans l’ordre décroissant : l’affaire Steinhel, l’assassinat de Sadi Carnot, le crime de Pantin (affaire Troppmann), Landru, l’affaire Humbert-Crawford, Pranzini, Violette Nozière, l’affaire Soleilland, Vacher, la bande à Bonnot, la malle à Gouffé, l’affaire Caillaux, le vol de la Joconde, le scandale de Panama, la séquestrée de Poitiers, le curé d’Entrammes, le curé de Châtenay, l’affaire Stavisky, le crime de Moirax (affaire Delafet), le crime de Corancez (affaire Brierre).

Pour l’affaire Dreyfus, on se reportera à l’intervention de Philippe Oriol lors du colloque de 2019[2]. Cet article permet de comprendre les difficultés à déterminer ce qui relève ou non du corpus de la base de données.

  • Le lieu d’édition est connu avec précision pour 960 complaintes (81,6 % du corpus) ;

La province est majoritaire[4] (531 cas, soit 55,3 % des complaintes situées), devançant Paris et sa banlieue (402 cas, soit 41,9 %). Les 27 complaintes éditées à l’étranger[5] viennent majoritairement de Belgique (17 cas), complétées par la Suisse (6 cas), la Tunisie (3 cas) et l’Algérie (1 cas).

  • 207 timbres nommés ont été rencontrés ;

Le timbre est identifié pour 1037 complaintes (pour les restantes, soit il est inconnu, soit il s’agit d’une mélodie originale). 138 timbres ne sont utilisés qu’une fois. En tête des préférés, nous trouvons sans surprise Fualdès (355 occurrences, soit un tiers du corpus identifié), puis, loin derrière La Paimpolaise (121 occurrences, 11,7 % du corpus). Les timbres suivants, Béranger à l’Académie et Le juif errant, n’en recueillent que 46 et 43, soit à peine 4,5 %.

  • Un point reste à quantifier, faute d’outil idoine, celui du nombre d’images mises en ligne.

En 2019, nous l’avions estimé à environ 80 % la proportion des complaintes dont les paroles sont en ligne, ce ratio n’a guère changé. Rappelons que le choix de mettre en ligne des images au lieu de transcriptions est destiné à minimiser l’aspiration mécanique des données. Les images sont manquantes pour les complaintes détenues par des institutions avec lesquelles aucune entente ou convention n’a été établie à ce jour.

  • Une cinquantaine de particuliers ont contribué, soit une dizaine de collaborations nouvelles dans les dernières deux années.

Au-delà de ces contributeurs, sensibles au travail collaboratif, il faut insister sur le support infaillible du CLAMOR, représenté par Sophie Victorien, qui assure l’interface avec le prestataire informatique lors de modifications, ou d’aménagements de la base. Grands Mercis !

Problématiques subséquentes

Évolution(s)
Évolution quantitative de l’édition de complaintes

Les données brutes tempèrent la vision d’une lente diminution du nombre de complaintes au fil du temps. La période 1870-1900 est sans doute encore largement sous-représentée, et le dépouillement de fonds supplémentaires permettra sans doute de compléter le corpus. Pour la période la plus récente, le recul de l’édition dans l’entre-deux-guerres est désormais mieux appréhendé, et apparaît beaucoup moins important qu’on aurait pu le penser, en particulier après 1930.

 

L’hétérogénéité des données annuelles recueillies nécessiterait d’être tempérée par un important lissage. Par exemple, le pic de 1894 (54 complaintes recueillies) s’explique par l’abondance d’affaires d’importance cette année-là : l’assassinat de Sadi Carnot et l’affaire du curé d’Entrammes, à eux deux, en suscitent 33.

Évolutions structurelles des complaintes

Deux critères ont été mobilisés pour l’étude des textes : le nombre de couplets, et la présence ou non d’un refrain. Un lissage des données apparaît nécessaire, tant elles sont variables, que l’on en juge par les données relatives au nombre de couplets par complainte :

 

Les observations faites au printemps 2019 demeurent valides. L’existence d’une complainte de 101 couplets a été attestée, mais elle n’a pas été encore recueillie à ce jour[5]. On peut s’étonner de rencontrer des textes dépassant 50 couplets : ils posent la question de la mémorisation, problème délicat lorsque l’on connaît les capacités mémorielles des meilleurs chanteurs traditionnels collectés. Au-delà de ces exemples « monstrueux », de solides tendances apparaissent :

  • Les « grandes » complaintes (30 couplets et plus) se maintiennent quasiment jusqu’à la Grande Guerre.
  • Sur la même période, la présence de refrain est minoritaire. Il n’apparaît qu’après 1880 ;
  • Durant l’entre-deux guerres, la norme se fixe sur des formes plus courtes (moins de 10 couplets en moyenne), avec présence majoritaire d’un refrain ;
  • Des exceptions demeurent, telle « La complainte du sextuple assassinat de Moirax », 42 couplets en 1932, sans refrain.

Évolution musicale des complaintes

Là aussi, les observations faites au printemps 2019 demeurent valides. Ce point est évidemment lié au précédent : la traque des timbres « préférés » au fil des années fait apparaître un renouvellement. L’usage abondant de « Fualdès » va s’étiolant au fil du temps, remplacé par « La Paimpolaise ». Il est à noter l’usage régulier de textes narratifs sur des mélodies avec refrain, comme si le choix du timbre obéissait à une logique du temps, mais que l’on ne pouvait se résoudre à abandonner complètement la structure traditionnelle des complaintes.

Un état du « poids » relatif des trois timbres les plus utilisés (Fualdès, La Paimpolaise, Béranger à l’Académie) a été dressé. L’usage des pourcentages est trompeur : parfois ils ne portent que sur quelques complaintes. Néanmoins dans la majorité des cas, ces trois mélodies sont utilisées par plus de 50 % des complaintes chaque année.

 

Prolongements

À propos de la définition d’une complainte criminelle

Les idées suggérées par le Conseil Scientifique ayant préfiguré le colloque de 2019 ont commencé à être suivies d’effet : par exemple l’insertion du « Scandale des décorations » (Affaire Wilson, 1887) dans le corpus, pour tenir compte des « crimes ressentis » par la population (contre la morale républicaine, contre le peuple…), au-delà de la stricte définition pénale du terme.

Il est nécessaire de demeurer attentif aux éléments textuels – parmi lesquels la narration, l’appel à l’auditoire, la présence d’une morale, explicite ou implicite – qui peuvent caractériser le « genre complainte ». D’autre part, la mention de « complainte » dans le titre n’implique pas forcément l’insertion dans le corpus, mais révèle l’intention de l’auteur.

Extension de la plage temporelle

Les récentes découvertes sur la publication de « chansons criminelles » quasiment jusqu’au début des années 1960, même si elles ne concernent qu’une poignée de chansonniers, permettraient de suivre plus complètement l’extension du genre. Il serait ainsi possible d’inclure le cas du massacre d’Oradour-sur-Glane, abondamment chansonné, crime de guerre par excellence. L’appellation de la base de données pourrait devenir « Complaintes criminelles en France, depuis 1870 ».

Cette modification du titre entrainant en cascade d’autres modifications – à chaque fois que la base est évoquée à l’intérieur de « Criminocorpus », par exemple –, il importe d’en prendre la mesure avant de mettre en œuvre cette extension temporelle.

Extension aux langues régionales

Dès le début de cette quête, l’adjonction de textes écrits dans les diverses langues régionales de France métropolitaine : breton, occitan, basque, ch’timi… est un objectif. Depuis janvier 2020, grâce à la collaboration de Bernard Lasbleiz, chercheur associé au CRBC (Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques) de Brest, des complaintes en breton ont été intégrées à la base, qu’il en soit remercié. Pour l’heure, 19 textes sont en ligne.

L’intervention de Xavier Vidal au colloque de 2019 a permis de mesurer que le corpus en occitan est plutôt réduit ; une collaboration reste à établir pour mener à bien ce chantier. Il en est de même avec la langue basque. La collaboration avec des départements universitaires pourrait permettre d’inclure ce type de recherche dans des travaux de master, par exemple. Nous sommes en recherche de partenariats.

Défendre une source

L’objectif initial de cette base de données était, pour son concepteur, l’étude de la disparition, de la mutation d’un genre, et nécessitait en préalable la collecte d’un nombre conséquent de complaintes. La mise en lumière de sources méconnues – car trop disséminées – s’est vite greffée sur l’entreprise première : le contenu de cette parole des rues, libre et insolente, offre parfois un éclairage nouveau sur la réception de l’actualité par les couches les plus humbles de la population. Ajoutons que la presse ancienne numérisée rend souvent compte de l’édition, la vente, l’achat de complaintes dans les rues ; l’impact de ce média est ainsi mieux documenté.

La mention de la base de données dans plusieurs ouvrages[6], et l’édition à venir des complaintes sur l’affaire Vacher en un volume séparé par Marc Renneville, sont autant de preuves que la prise en compte de ces sources chantées progresse pas à pas, crime après crime.

J.F. « Maxou » Heintzen
Membre correspondant du CLAMOR (CNRS UMS 3726)
C.H.E.C. (Université Clermont-Auvergne)
La Chavannée

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[1] https://journals.openedition.org/criminocorpus/8156.

[2] Le dépouillement de la presse provinciale effectué (Gallica, Retronews) permettrait d’ores et déjà d’augmenter notablement les mentions de ce genre de complaintes. Pour l’heure, le choix a été fait de les laisser de côté, vu les ignorances que l’on a à leur sujet ; parfois seul un couplet est retranscrit dans les quotidiens.

[3] https://journals.openedition.org/criminocorpus/8301.

[4] L.-M. Simonet à Saint-Amand-Montrond représente à lui seul 25 % de la production provinciale.

[5] Rappelons que ces indications sont majoritairement fictives, pour contourner les lois sur le droit d’auteur.

[6] L’Intransigeant, 1er septembre 1894. Il s’agit d’une complainte vendue lors de l’exécution de l’abbé Bruneau.

[7] DEMARTINI Anne-Emmanuelle, Violette Nozière, la fleur du mal, Une histoire des années trente, Ceyrézieux, Champ Vallon, 2017 ; RENNEVILLE Marc, Vacher l’éventreur, Archives d’un tueur en série, Grenoble, Jérôme Million, 2019.

 

CLAMOR – La lettre d’info n°28

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La lettre d’information n°28 – Mars-Avril 2019

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Notre colloque sur les complaintes criminelles qui s’est déroulé les 2 et 3 avril derniers sur les sites des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale de France a été une belle réussite, tant sur le plan scientifique que de la convivialité. L’approche pluridisciplinaire a renforcé la richesse des échanges et les interventions musicales ont permis à beaucoup de découvrir enfin les airs et l’importance de l’interprétation chantée de ces complaintes qui nous apparaissent trop souvent comme des textes figés et répétitifs. Que les absents soient rassurés : le colloque fera l’objet d’une publication dans la revue de Criminocorpus et les musiciens ont été enregistrés. À noter sur les agendas : notre prochaine manifestation labellisée pour les 80 ans du CNRS sera l’exposition « La science à la poursuite du crime. Alphonse Bertillon, pionnier des experts policiers ». Cette exposition organisée par les Archives nationales sera visible du 14 septembre 2019 au 18 janvier 2020, sur le site de Pierrefitte-sur-Seine.

Nous vous laissons découvrir nos dernières mises en ligne. Bonne lecture !
La rédaction.

Lire la lettre du mois de mars-avril 2019.

Colloque : Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu (2/3 avril 2019, Archives nationales, BnF, Paris)

Trois générations marquent l’historiographie récente des canards criminels. Jean-Pierre Seguin, le pionnier, les a tirés de l’ombre au tournant des années 1960, puis, dans les années 1980, en particulier en Bretagne, la recherche sur les « chansons sur feuilles volantes » a connu un grand succès. Enfin, la mise en ligne récente de la base de données « Complaintes criminelles 1870-1940 » sur le site Criminocorpus ouvre un nouveau chantier visant à interroger les derniers soubresauts de cette forme, des débuts de la IIIe République à la Seconde Guerre mondiale. Le propos de ce colloque est de poser les jalons d’une nouvelle approche pluridisciplinaire des complaintes criminelles, qui peuvent être considérées comme des sources auxiliaires à l’histoire des délits et des peines, des pratiques populaires de paralittérature, des médias « alternatifs » avant l’heure ou encore des témoins des goûts musicaux populaires.

Mardi 2 avril 2019
Archives Nationales (site Pierrefitte-sur-Seine)
Grand amphithéâtre

10h – Accueil – Introduction

Faits divers chantés
Présidente de séance : Anne-Emmanuelle DEMARTINI

10h20 – Frédéric CHAUVAUD
L’affaire aux 17 complaintes. Le crime d’Henri Pranzini (1887)
10h45 – Marc RENNEVILLE
Des complaintes à l’image du crime ? L’Affaire Vacher (1897-1898)
11h10 – Sophie VICTORIEN / Pierre GUILLARD
L’affaire Redureau, Le crime de Bas-Briacé
11h35 – Discussions
12h00 – Repas

Complaintes ou chansons ?
Présidente de séance : Éva GUILLOREL

13h30 – Philippe ORIOL
L’Affaire en chansons
13h55 – Jean-Yves MOLLIER
Pleurer les victimes de Panama ou subvertir les institutions
14h20 – Discussions
14h45 – Pause

Écrire des complaintes

15h00 – Claude RIBOUILLAULT
Oralité écrite, littérale ou littéraire ?
15h25 – Nils COUTURIER
« Artiste et assassin » : Jules Laforgue et la complainte criminelle
15h50 – Xavier VIDAL
Complaintes criminelles francophones recueillies en territoire occitan
16h15 – Discussions

Mercredi 3 avril 2019
Bibliothèque Nationale de France Site François-Mitterrand
Petit auditorium

Canards, édition & collections
Présidente de séance : Marlène BELLY

10h – J.F. «Maxou» HEINTZEN
Essai de typologie canardière
10h25 – Philippe NIETO
Le son et l’image
10h50 – Joann ÉLART
Quelques canards et complaintes imprimés à Rouen entre la Révolution et l’Empire
11h15 – Agnès SANDRAS
Pour une « archéologie » comparée des chansons sur les parricides et les infanticides
11h40 – Olivier JUSTAFRÉ
Complaintes criminelles, le cas Bazouge
12h05 – Discussions
12h30 – Repas

Chanter les complaintes
Président de séance : Dominique KALIFA

14h15 – Sophie-Anne LETERRIER
L’air de Fualdès
14h40 – Philippe DARRIULAT
Chanter le crime à l’heure de l’invention des cafés-concerts parisiens sous le Second Empire
15h05 – Pause
15h20 – Marie GOUPIL-LUCAS-FONTAINE
La Complainte de la scène : de la complainte des rues à la chanson réaliste. Héritages, transferts, singularités (1880-1940)
15h45 – Una McILVENNA
Chanter les complaintes criminelles à travers l’Europe
16h10 – Discussions

Durant les deux journées du colloque, au gré des intervenants, des complaintes criminelles seront interprétées – partiellement ou in-extenso – par Catherine Perrier, Roland Brou, Patrick Couton et J.F. «Maxou» Heintzen.

Lieux du colloque :
Mardi 2 avril 2019, le colloque se tiendra aux Archives nationales de France
59 Rue Guynemer, 93383 Pierrefitte-sur-Seine
Grand auditorium
Métro : Saint-Denis Université (Ligne 13)

Mercredi 3 avril 2019, le colloque se tiendra à la
Bibliothèque Nationale de France
Site François-Mitterrand. Quai François Mauriac. Paris 13e.
Petit auditorium
Métro : quai de France (ligne 6) ou Bibliothèque nationale de France (ligne 14)

Entrée libre mais inscription nécessaire auprès de
clamor@criminocorpus.org

Organisateurs : Jean-François «Maxou» HEINTZEN, Sophie VICTORIEN

Comité scientifique : Olivier BELIN (université de Cergy-Pontoise), Romain BENINI (université Paris-Sorbonne), Olivier BOSC (Bnf, Bibliothèque de l’Arsenal), Jean-Claude FARCY (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice), Jean-François Maxou HEINTZEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice), Sophie-Anne LETERRIER (université d’Artois), Gaetano MANFREDONIA (Bibliothèque de Corrèze), Jean-Yves MOLLIER (université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), John MULLEN (université de Rouen), Philippe NIETO (Archives nationales de France), Philippe ORIOL (Cesacom), Anne PASQUIGNON (BnF), Marc RENNEVILLE (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice), Sophie VICTORIEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)

Ce colloque est organisé par le CLAMOR, en partenariat avec
les Archives nationales de France  et la Bibliothèque nationale de France.
Il a reçu le label 80 ans du CNRS.

CLAMOR – La lettre d’info n°27

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La lettre d’information n°27 – Février 2019

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Nous sommes heureux de vous faire part de nos dernières publications.

Nous vous souhaitons une bonne lecture !

La rédaction.

Lire la lettre du mois de février 2019.

CLAMOR – La lettre d’info n°24

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La lettre d’information n°24 – Octobre 2018

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Le mois d’octobre a été marqué pour l’équipe du CLAMOR par l’organisation de notre deuxième journée d’étude qui proposait pour cette année des « regards croisés sur le patrimoine judiciaire ». Cette journée a permis de faire le point sur les travaux en cours.
Notre outil collaboratif HUGO est désormais bien lancé avec plus de 370 lieux de justice géolocalisés. Nous ne demandons qu’à ouvrir de nouveaux lieux, comme la récente fiche sur Gurs, qui fut un camp d’internement. N’hésitez donc pas à prendre contact avec l’équipe pour envoyer vos informations.

La journée du 4 octobre s’est poursuivie en début de soirée avec la Nuit du droit dans le grand hall de la maison de sciences de l’homme à Paris. Cette manifestation a permis aux personnels et aux visiteurs de découvrir une exposition sur l’histoire de la justice, et sur l’histoire du site qui compte 150 années d’histoire judiciaire et pénitentiaire. Nos remerciements vont tout particulièrement à Jean-François « Maxou » Heintzen pour l’interprétation des complaintes, à Jacky Tronel pour l’histoire du site et à Philippe Oriol pour son intervention sur la détention du capitaine Dreyfus à la prison du Cherche-Midi.
Nous avons le grand plaisir d’accueillir ce mois-ci dans la revue la première tranche des actes d’un très beau colloque international qui avait mêlé musicologie et concerts. L’événement avait résonné à Rouen et bien au-delà. La première partie des interventions de « Rock et violences en Europe (1955-1990) » est désormais en ligne. D’autres articles suivront en novembre.

Enfin, n’oubliez pas de découvrir sur le blog nos « Portrait-du-jour » !

Bonne lecture !

La rédaction.

Lire la lettre du mois d’octobre

Colloque : Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu

Appel à communication pour le colloque : Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu
(2-3 avril 2019, Archives nationales, BnF, Paris)

La complainte criminelle – au sens strict du terme, un texte chanté narrant dans un but informatif et/ou édifiant les détails d’un authentique fait divers criminel – s’inscrit dans une histoire longue, depuis les occasionnels du XVIe siècle, jusqu’aux « Canards sanglants » du premier XIXe siècle. Autrefois tiré de l’oubli par des collectionneurs, ou des érudits, ce type d’éphémère est l’objet d’une attention par trop occasionnelle.

Trois générations marquent l’historiographie récente des canards criminels. Jean-Pierre Seguin, le pionnier, les a tirés de l’ombre au tournant des années 1960, puis, dans les années 1980, en particulier en Bretagne, la recherche sur les « chansons sur feuilles volantes » a connu un grand succès. Enfin, la mise en ligne récente de la base de données « Complaintes criminelles 1870-1940 » sur le site Criminocorpus ouvre un nouveau chantier visant à interroger les derniers soubresauts de cette forme, des débuts de la IIIe République à la Seconde Guerre mondiale.

Le propos de ce colloque est de poser les jalons d’une nouvelle approche pluridisciplinaire des complaintes criminelles,  qui peuvent être considérées comme des sources auxiliaires à l’histoire des délits et des peines, des pratiques populaires de paralittérature, des médias « alternatifs » avant l’heure ou encore des témoins des goûts musicaux populaires.

Les contributions pourront s’inscrire dans les axes thématiques et les questionnements suivants :

1) La définition du corpus
Il s’agit d’interroger la définition de la complainte criminelle donnée supra, d’aller au-delà du crime au sens pénal du terme, et de l’étendre à tout texte chanté traitant d’un évènement « criminalisé », i.e. perçu comme tel ? Pensons à certaines catastrophes industrielles, aux scandales politico-financiers, ou l’expression du militantisme, en particulier anarchiste.

2) L’inventaire des « canards » conservés dans les collections publiques
Entre archives et bibliothèques, le classement, le catalogage, l’indexation des éphémères est multiple. Réunis en recueils factices ici, disséminés dans des fonds d’érudits là, rattachés ou non aux fonds musicaux ailleurs, leur traque est un travail de longue haleine. Quelle logique a guidé leur classement ? Comment rendre plus aisée la recherche des « canards » et les valoriser ?

3) La singularité médiatique des complaintes
La forme chantée inscrit ce matériau dans une sociabilité musicale et des circulations de répertoires, de l’édition au for privé, des feuilles volantes aux cahiers de chansons. La complainte, de ce fait, suit les goûts populaires. Ses mutations, qu’elles soient formelles ou musicales n’illustrent-elles pas les avatars des répertoires appréciés, consommés ou pratiqués, de la rue au caf’conc’ ? Deux approches mériteraient d’être valorisées : L’étude musicologique du répertoire (L’occurrence des timbres choisis, l’évolution formelle des complaintes, etc.) et la pratique effective du chant des complaintes, hier et aujourd’hui.

4) Les liens de la complainte à l’image
Parmi tous les codes sémantiques utilisés par le canard, véritable média préfigurant l’audio-visuel, l’iconographie complète, paraphrase, illustre la complainte. Du bois gravé au cliché typographique jusqu’à la photographie, l’image, par sa créativité ou son réemploi n’est-elle pas une clé pour apprécier la réception d’un chant quasi indissociable d’un visuel ?

5) Les aspects linguistiques et littéraires de la complainte
La nature de la langue employée est relativement ambiguë. Le corpus n’est pas homogène : il réunit des chansonniers parisiens maniant le double sens, les textes à clefs, ou un humour vachard, avec des chanteurs ambulants à la syntaxe approximative, au style parlé, tentant maladroitement de s’approprier des codes d’écriture parfois un peu sophistiqués pour eux. Il serait intéressant également de se pencher sur l’usage des langues régionales et du patois dans les complaintes criminelles afin d’en mesure l’importance, l’usage et l’appropriation à une échelle plus locale.

6) L’approche éditoriale des complaintes
Le manque de détails éditoriaux sur les complaintes criminelles. Quels en sont les auteurs ? Qui les édite ? À quelle date ? Qui les vend ? Comment s’organise la production et la diffusion d’un média qui échappe régulièrement au dépôt légal ?

7) La dimension internationale de la complainte criminelle
Un peu partout à travers le monde, du Brésil à l’Inde, ce répertoire est attesté, jusqu’à posséder encore aujourd’hui une réelle actualité, et une créativité reconnue. Des études sur d’autres aires géographiques, des Murder ballads à la littérature de Cordel seraient précieuses dans une vision comparative.

Pour faire le point sur « l’état de l’art » en la matière, et croiser les points de vue entre chercheurs et professionnels issus de champs divers (historiens de la justice, des médias, de l’édition ou de l’art, musicologues, spécialistes de la littérature comparée, bibliothécaires, archivistes, conservateurs, etc.), ce colloque se propose d’être un moment d’échanges pour jeter les bases d’un chantier qui tirera de l’ombre ces sources modestes, discrètes – voire même parfois discréditées –, dont l’intérêt va bien au-delà de leur singularité.

Organisation : Jean-François Maxou HEINTZEN et Sophie VICTORIEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)

Comité scientifique :
–  Olivier Belin (université de Cergy-Pontoise)
– Romain Benini (université Paris-Sorbonne)
– Jean-Claude Farcy (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Jean-François Maxou HEINTZEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Sophie-Anne Leterrier (université d’Artois)
– Gaetano Manfredonia (Bibliothèque de Corrèze)
– Jean-Yves Mollier (université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
– John MULLEN (université de Rouen)
– Philippe Nieto  (Archives nationales de France)
– Philippe ORIOL (Cesacom)
– Anne PASQUIGNON  (BnF)
–  Marc RENNEVILLE (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Sophie VICTORIEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)

Partenaires
CLAMOR/CRIMINOCORPUS
BnF
Archives Nationales

Les propositions de communication sont à soumettre avant le 30 novembre 2018 à l’adresse suivante : redaction@criminocorpus.org

Elles comprendront le titre de la communication, un bref résumé (1000 signes maximum) et une courte présentation bibliographique (500 signes maximum).

Les communications retenues par le comité scientifique qui se réunira en décembre 2018 pourront être prononcées en français ou en anglais.

CLAMOR – La lettre d’info n°20

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La lettre d’information n°20 – Mars 2018

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Les Archives nationales ont présenté l’an dernier, du 30 novembre 2016 au 27 mars 2017, à l’Hôtel de Soubise la remarquable exposition « Présumées coupables » qui mettait en perspective le thème du crime au féminin, objet de multiples fantasmes véhiculés depuis toujours par les mythes, la religion, l’iconographie, la littérature, le cinéma, etc. Les visiteurs étaient mis au contact de centaine de pièces de procédure qui leur donnaient une autre vision de cette criminalité et, plus généralement, de la place accordée à la femme dans les sociétés européennes, sur plus de cinq siècles d’histoire à travers cinq archétypes féminins : la sorcière, l’empoisonneuse, l’infanticide, la pétroleuse et la traîtresse. Grâce à un partenariat avec le CLAMOR, la version numérique de cette exposition a été mise en ligne sur Criminocorpus le 8 mars dernier, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Ce portage en ligne s’inscrit dans le cadre d’un partenariat documentaire particulièrement riche engagé dès la création de l’UMS avec les Archives nationales. Les collaborations nouées grâce à ce partenariat nous permettent, outre la mise en ligne des expositions réalisées par les Archives nationales, de développer différents projets au cœur du musée numérique, notamment autour de HUGO, l’inventaire patrimonial des lieux de jugement et d’exécution des peines. Nous reviendrons dans les prochaines Lettres d’information sur ce projet auquel nous vous proposons de collaborer.
Nous vous souhaitons une bonne lecture et de belles découvertes !

La rédaction.

Lire la lettre d’information.