Colloque : Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu

Appel à communication pour le colloque : Les complaintes criminelles en France après 1870 : inventaire, problématisation, valorisation d’un corpus méconnu
(2-3 avril 2019, Archives nationales, BnF, Paris)

La complainte criminelle – au sens strict du terme, un texte chanté narrant dans un but informatif et/ou édifiant les détails d’un authentique fait divers criminel – s’inscrit dans une histoire longue, depuis les occasionnels du XVIe siècle, jusqu’aux « Canards sanglants » du premier XIXe siècle. Autrefois tiré de l’oubli par des collectionneurs, ou des érudits, ce type d’éphémère est l’objet d’une attention par trop occasionnelle.

Trois générations marquent l’historiographie récente des canards criminels. Jean-Pierre Seguin, le pionnier, les a tirés de l’ombre au tournant des années 1960, puis, dans les années 1980, en particulier en Bretagne, la recherche sur les « chansons sur feuilles volantes » a connu un grand succès. Enfin, la mise en ligne récente de la base de données « Complaintes criminelles 1870-1940 » sur le site Criminocorpus ouvre un nouveau chantier visant à interroger les derniers soubresauts de cette forme, des débuts de la IIIe République à la Seconde Guerre mondiale.

Le propos de ce colloque est de poser les jalons d’une nouvelle approche pluridisciplinaire des complaintes criminelles,  qui peuvent être considérées comme des sources auxiliaires à l’histoire des délits et des peines, des pratiques populaires de paralittérature, des médias « alternatifs » avant l’heure ou encore des témoins des goûts musicaux populaires.

Les contributions pourront s’inscrire dans les axes thématiques et les questionnements suivants :

1) La définition du corpus
Il s’agit d’interroger la définition de la complainte criminelle donnée supra, d’aller au-delà du crime au sens pénal du terme, et de l’étendre à tout texte chanté traitant d’un évènement « criminalisé », i.e. perçu comme tel ? Pensons à certaines catastrophes industrielles, aux scandales politico-financiers, ou l’expression du militantisme, en particulier anarchiste.

2) L’inventaire des « canards » conservés dans les collections publiques
Entre archives et bibliothèques, le classement, le catalogage, l’indexation des éphémères est multiple. Réunis en recueils factices ici, disséminés dans des fonds d’érudits là, rattachés ou non aux fonds musicaux ailleurs, leur traque est un travail de longue haleine. Quelle logique a guidé leur classement ? Comment rendre plus aisée la recherche des « canards » et les valoriser ?

3) La singularité médiatique des complaintes
La forme chantée inscrit ce matériau dans une sociabilité musicale et des circulations de répertoires, de l’édition au for privé, des feuilles volantes aux cahiers de chansons. La complainte, de ce fait, suit les goûts populaires. Ses mutations, qu’elles soient formelles ou musicales n’illustrent-elles pas les avatars des répertoires appréciés, consommés ou pratiqués, de la rue au caf’conc’ ? Deux approches mériteraient d’être valorisées : L’étude musicologique du répertoire (L’occurrence des timbres choisis, l’évolution formelle des complaintes, etc.) et la pratique effective du chant des complaintes, hier et aujourd’hui.

4) Les liens de la complainte à l’image
Parmi tous les codes sémantiques utilisés par le canard, véritable média préfigurant l’audio-visuel, l’iconographie complète, paraphrase, illustre la complainte. Du bois gravé au cliché typographique jusqu’à la photographie, l’image, par sa créativité ou son réemploi n’est-elle pas une clé pour apprécier la réception d’un chant quasi indissociable d’un visuel ?

5) Les aspects linguistiques et littéraires de la complainte
La nature de la langue employée est relativement ambiguë. Le corpus n’est pas homogène : il réunit des chansonniers parisiens maniant le double sens, les textes à clefs, ou un humour vachard, avec des chanteurs ambulants à la syntaxe approximative, au style parlé, tentant maladroitement de s’approprier des codes d’écriture parfois un peu sophistiqués pour eux. Il serait intéressant également de se pencher sur l’usage des langues régionales et du patois dans les complaintes criminelles afin d’en mesure l’importance, l’usage et l’appropriation à une échelle plus locale.

6) L’approche éditoriale des complaintes
Le manque de détails éditoriaux sur les complaintes criminelles. Quels en sont les auteurs ? Qui les édite ? À quelle date ? Qui les vend ? Comment s’organise la production et la diffusion d’un média qui échappe régulièrement au dépôt légal ?

7) La dimension internationale de la complainte criminelle
Un peu partout à travers le monde, du Brésil à l’Inde, ce répertoire est attesté, jusqu’à posséder encore aujourd’hui une réelle actualité, et une créativité reconnue. Des études sur d’autres aires géographiques, des Murder ballads à la littérature de Cordel seraient précieuses dans une vision comparative.

Pour faire le point sur « l’état de l’art » en la matière, et croiser les points de vue entre chercheurs et professionnels issus de champs divers (historiens de la justice, des médias, de l’édition ou de l’art, musicologues, spécialistes de la littérature comparée, bibliothécaires, archivistes, conservateurs, etc.), ce colloque se propose d’être un moment d’échanges pour jeter les bases d’un chantier qui tirera de l’ombre ces sources modestes, discrètes – voire même parfois discréditées –, dont l’intérêt va bien au-delà de leur singularité.

Organisation : Jean-François Maxou HEINTZEN et Sophie VICTORIEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)

Comité scientifique :
–  Olivier Belin (université de Cergy-Pontoise)
– Romain Benini (université Paris-Sorbonne)
– Jean-Claude Farcy (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Jean-François Maxou HEINTZEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Sophie-Anne Leterrier (université d’Artois)
– Gaetano Manfredonia (Bibliothèque de Corrèze)
– Jean-Yves Mollier (université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
– John MULLEN (université de Rouen)
– Philippe Nieto  (Archives nationales de France)
– Philippe ORIOL (Cesacom)
– Anne PASQUIGNON  (BnF)
–  Marc RENNEVILLE (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)
– Sophie VICTORIEN (CLAMOR, CNRS-ministère de la justice)

Partenaires
CLAMOR/CRIMINOCORPUS
BnF
Archives Nationales

Les propositions de communication sont à soumettre avant le 30 novembre 2018 à l’adresse suivante : redaction@criminocorpus.org

Elles comprendront le titre de la communication, un bref résumé (1000 signes maximum) et une courte présentation bibliographique (500 signes maximum).

Les communications retenues par le comité scientifique qui se réunira en décembre 2018 pourront être prononcées en français ou en anglais.

Ouverture du Musée d’histoire de la justice, des crimes et des peines

Musée d'histoire de la justice, des crimes et des peines

Le CLAMOR lance le premier Musée nativement numérique sur l’histoire de la justice, des crimes et des peines.

Aux origines du Musée : Criminocorpus

Produit à l’initiative de la communauté scientifique, ce musée unique est issu d’une longue coopération originale entre chercheurs, ­archivistes, documentalistes et collectionneurs. Il prend appui sur l’intense activité de publications et de recherches menées depuis 10 ans autour du programme Criminocorpus.

Des bagnes aux tontons flingueurs, des faux-monnayeurs au Moyen Âge aux rebelles face à la justice, du code civil à l’ordonnance du 2 février 1945 relative à la justice des mineurs, de la criminologie à la peine de mort… ­Criminocorpus est devenu en dix ans une plateforme de référence du web scientifique en mettant articles et ressources documentaires à la disposition des ­étudiants, des enseignants, des chercheurs, des praticiens et des journalistes.

Un musée gratuit et librement accessible

En recomposant ses contenus sous la forme d’un musée, Criminocorpus entend poursuivre ses missions d’édition et de recherche tout en s’adressant à un plus large public afin de contribuer à une meilleure connaissance partagée de l’histoire ­méconnue de la justice, des crimes et des peines. Le Musée est régi par le ­CLAMOR (Centre pour les humanités numériques et l’histoire de la justice), une unité mixte de service placée sous la double tutelle du CNRS et du ministère de la Justice.
Librement accessible et totalement gratuit, le Musée présente à son ouverture un éventail de ressources numériques sans équivalent pour explorer la justice et son histoire.
Le site est organisé en cinq rubriques proposant des expositions thématiques ­(prisons, bagnes, peine de mort, art et justice), des visites de lieux de justice, des collections d’objets et de documents, des repères juridiques et chronologiques ainsi que des outils, instruments d’étude et de recherche. Le Musée ouvrira d’ici quelques mois un inventaire du patrimoine des lieux de justice auquel chacun ­pourra participer par la transmission d’informations, de photographies ou de documents.

Télécharger le dossier de presse.
Voir la vidéo de présentation du musée
Visiter le musée.

CLAMOR – La lettre d’information n°6

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La lettre d’information –  n° 6 – Mai 2016

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Bonjour,

Nous avons le plaisir de vous informer des dernières publications de Criminocorpus.
Nous vous signalons également que dans les prochains jours, nous débuterons la mise en ligne d’un nouveau dossier thématique consacré au patrimoine et à l’architecture carcérale. Ce dossier a été élaboré en partenariat avec la Direction de l’administration pénitentiaire. Il est dirigé par Jean-Lucien Sanchez, Pierre Gaume et Sophie Victorien.

Bonne lecture.
Bien cordialement.

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1. – LA REVUE

  •     Dossiers

Folie et justice de l’antiquité à l’époque contemporaine

Simone Baral
Le phrénologiste au tribunal. Notes pour une recherche sur le cas italien
L’historiographie a bien montré combien la phrénologie a joué un rôle essentiel dans la définition des questions médico-légales relatives au diagnostic de la folie en justice et la définition des rôles du juge et de l’expert médical. Les terrains anglo-saxon et français ont fait l’objet de travaux mais le cadre de l’Italie du XIXe siècle reste méconnu. Cet article esquisse un premier inventaire des signes de la présence de la phrénologie en Italie. Il tient compte des situations locales (Aversa, Turin, Naples) et tente d’évaluer la postérité de l’influence de la phrénologie au regard des réformes pénales de la seconde moitié du XIXe siècle.

Laurence Guignard
La genèse de l’article 64 du code pénal
Cet article s’intéresse aux débats qui ont présidé, entre 1791 et 1810, à la création juridique de l’article 64 du code pénal, à son élaboration doctrinale, jurisprudentielle et procédurale. Il constitue une forme d’introduction au dossier documentaire des débats législatifs intermédiaires auxquels il est associé. (…)

Cecilia Tasca et Mariangela Rapetti
Archives judiciaires et archives de la folie. Ou comment un repris de justice, en s’enfuyant de l’asile où il était enfermé, remit en question tout un système (Cagliari – Italie, 1854)
Archivi della giustizia e Archivi della follia
Fruit d’une réflexion menée sur la base d’une analyse croisée de plusieurs fonds d’archives, le présent essai fait état des événements qui durant la première moitié du xixe siècle présidèrent à la création d’un service spécifiquement destiné aux aliénés au sein des structures du nouvel hôpital civil construit à Cagliari, dans l’île de Sardaigne, finalement inauguré en 1859 au terme d’un cheminement administratif particulièrement tortueux. (…)

Lisa Bogani
Le vol sous l’œil des médecins légistes. Étude du concept de kleptomanie au cours du XIXe siècle.
Introduit en 1816 par le Dr Matthey, le concept de kleptomanie connait de multiples évolutions au cours du long xixe siècle. Alors qu’il parvient difficilement à se faire reconnaître des magistrats et des aliénistes du premier XIXe siècle, il réussit finalement à se maintenir et à s’assoir solidement dans les prétoires de la IIIe République. (…)

Alessio Berré
La construction lombrosienne de l’épilepsie et le débat avec Gabriel Tarde. Crime et / ou folie ?
Cet article entend traiter le rapport entre crime et folie dans les théories de Cesare Lombroso et de Gabriel Tarde. Notre étude se concentre plus précisément sur l’apparition de la folie morale et de l’épilepsie dans L’uomo delinquente de Lombroso, ainsi que sur l’interprétation tardienne autour de ces deux notions qui vont progressivement constituer le noyau fondamental de la théorie de Lombroso. (…)

Benjamin Lévy
Entre tribunaux et asiles – des « aliénés persécuteurs » aux « revendicateurs ».
Les attitudes consistant à engager des procédures judiciaires pour des motifs infondés – voire extravagants – et refuser d’obéir aux décisions prises par des magistrats furent, dès le XIXe siècle, pathologisées par les médecins aliénistes français. Dans cet article, nous étudions les raisons pour lesquelles les sujets concernés se trouvèrent qualifiés, à partir de 1878, d’« aliénés persécuteurs ». Nous expliquons ensuite pourquoi le terme de « revendicateurs » remplaça celui de « persécuteurs » et comment naquit la notion de « délire de revendication ». (…)

Silvia Chiletti
Les milles visages de l’expertise. Savoir expert, savoir profane dans les procès pour infanticide à Florence au début du XXe siècle.
L’article analyse les procédés par lesquelles les preuves judiciaires autour de l’état mental des accusés sont produites lors des procès pour infanticide, auprès du Tribunal de Florence, en Italie, entre 1900 et 1922. (…)

  • Compte rendus   

Dr Léon Collin, Des hommes et des bagnes. Guyane et Nouvelle-Calédonie un médecin au bagne 1906-1913. Préface de Jean-Marc Delpech, Avant-propos de Philippe Collin, Paris, Éditions Libertalia, 2015, 339 p. par Jean-Lucien Sanchez

2. – LE PORTAIL

  • Bibliothèque (dernières mises en ligne)

Collection Michel Basdevant
Cette collection s’enrichit régulièrement d’entretiens vidéos menés par Michel Basdevant autour de la justice des mineurs. Chaque interview est accompagnée de sa transcription, d’informations et de documents complémentaires. Ces interviews constituent des témoignages précieux sur les savoirs et les pratiques professionnelles des acteurs de terrain, éducateurs, formateurs et chercheurs.

– Prison et méthodes de recherche

Mise en ligne des actes filmés de la journée d’étude organisée le 3 décembre 2015 par Claire de Galembert (ISP), Anaïs Henneguelle (IDHES), et Caroline Touraut (DAP, chercheuse associée à l’ISP).

Depuis les années 1990, la littérature académique sur les institutions carcérales n’a cessé de prendre de l’importance et de se diversifier. En France, les connaissances scientifiques ont été nourries par l’implication d’un nombre croissant de disciplines : sociologie, démographie, histoire, sciences politiques etc. Les enquêtes sociologiques consacrées à l’organisation des institutions carcérales et aux acteurs qui la composent ont notamment connu un véritable essor.
Or, peu de travaux ont abordé la question spécifique de la méthodologie de l’enquête en prison. Si beaucoup de recherches permettent de rendre compte de ce qui se joue en prison sous des angles très différents, il est intéressant d’engager une réflexion collective sur les méthodologies d’enquête sur ce « terrain limite ». Cette journée d’étude se propose donc de discuter des pratiques de la recherche qui permettent aux scientifiques de produire leurs données à partir desquels se fondent les savoirs sur la prison.

3.- CRIMINOCORPUS en DIRECT : pour nous suivre, participer et réagir…

  • Appel à contributions

Rappel : Le CLAMOR est partenaire du colloque international Rock et violences en Europe (années 1950-1980).

Ce colloque s’inscrit dans une problématique émergente associant historiens, spécialistes des mouvements de jeunesse, musicologues, sociologues et professionnels du spectacle vivant. Cette manifestation est la première d’une série de deux colloques, dont le deuxième volet aura lieu en 2019 au département d’Histoire de l’Université de California State, Long Beach (États-Unis). Le premier volet à Rouen (1er au 3 juin 2017) concentre sa problématique sur l’Europe tandis que le second volet, à partir du même thème, s’attachera à la situation des Amériques. Il s’agit à travers ces deux manifestations de comprendre la place du rock dans la culture contemporaine et d’en préciser la portée et l’impact dans nos sociétés. Il s’agira également à partir d’un thème percutant d’envisager la part de légendaire qui entoure le mythe de la musique rock. L’association entre rock et violence, dans ce qu’elle possède de fantasmée et d’artificiellement construite, est cependant une donnée qui a traversé l’histoire de cette musique dans la deuxième partie du XXe siècle et que, d’une certaine manière, les événements dramatiques du Bataclan ont souligné de manière extrêmement tragique.
Les propositions de communication sont à soumettre en français ou en anglais avant le 15 juillet 2016.
Les conditions de soumission et toutes les informations sont disponibles ici.

  • Association Criminocorpus

L’assemblée générale de l’association Criminocorpus qui s’est tenue le 12 mai a pris acte de créer un prix dédié à la mémoire de notre collègue Jean-Claude Vimont. Ce prix récompensera un projet de valorisation numérique d’histoire de la justice à la fois sur des critères scientifiques (contribution à une meilleure connaissance de l’histoire de la justice) et numérique (qualité et originalité du projet de valorisation numérique).

Vous aussi devenez contributeur de Criminocorpus !
Vous avez un projet d’exposition sur l’histoire de la justice ? Des actes de colloque à publier ou une proposition d’article ? Un corpus à numériser ? Une base de données à mettre en ligne ? Nous pouvons vous accompagner à différentes étapes de votre projet numérique en vous apportant conseils, aide à la publication, à la numérisation ou à la documentarisation des données.

Nous vous remercions de votre fidélité.

Pour l’équipe de Criminocorpus.
Nadine Dardenne

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CLAMOR – La lettre d’information –  n°6– Mai 2016

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La lettre d’information est publiée par le CLAMOR, le Centre pour les Humanités numériques et l’histoire de la justice (UMS 3726).
Pour s’abonner à la lettre d’information : https://groups.openedition.org/sympa/subscribe/criminocorpus
Pour contacter la rédaction : redaction@criminocorpus.org